Ouverture des inscriptions pour la 4eme saison de la Gravel Tro Breizh

Alors que la 3eme édition reportée fin septembre vient de s’achever, il est temps de se tourner vers 2021.
La 4eme édition de l’épreuve bretonne de bikepacking ultra distance tout terrain est lancée.

Les inscriptions débuteront samedi 10 octobre dès 7h.Cette année encore, on souhaite favoriser la mixité sur notre épreuve phare. C’est pourquoi les femmes pourront s’inscrire 24h en avance !
C’est donc vendredi 9 octobre, que les inscriptions ouvriront pour les femmes [clic]

En attendant, pour vous convaincre de vous inscrire Mesdames, Camille DEFER nous livre le récit de sa Gravel Tro Breizh.

Le récit de Camille DEFER sur la 3eme édition de la Gravel Tro Breizh

« Ce compte rendu s’adresse à toutes les femmes qui n’osent pas encore s’engager dans ce type d’aventure »

La Gravel tro Breizh c’est une aventure autonome à vélo : à toi de gérer tes journées, tes ravitaillements, ton matériel. Tu as 7 jours et 12 h pour terminer les 1269km du parcours. J’ai mis 6j et 10h pour terminer.

Ce compte rendu s’adresse à toutes les femmes qui n’osent pas encore s’engager dans ce type d’aventure, à toutes celles et tous ceux qui sont encore étonnés, impressionnés de voir qu’une femme peut réaliser quelque chose de difficile physiquement et enfin aux curieux et curieuses de savoir ce qu’il se passe dans ma tête, ce que je vis dans une aventure de la sorte !
Le nombre de messages est impressionnant, les mots de chacun sont très touchants mais parfois animés de manière inconsciente par des idées reçues encore trop ancrées concernant le courage de faire ça alors qu’on est une fille.

C’était dur oui. Mais pas plus dur que les messieurs qui ont partagé ma route. Sûrement plus facile car mon statut de femme entraîne de la part des autre une solidarité plus importante comme par compassion, pitié ou épatement.

Cette balade hors du temps m’a conforté sur l’extrême gentillesse et hospitalité de nombreuses personnes,

sur la beauté et le contraste des paysages rencontrés et sur l’importance de faire vivre l’économie locale… Et oui je pense que ce voyage renforce aussi dans mon esprit quelques éléments :

  • il y a encore du boulot sur les préjugés vis à vis des femmes dans un monde masculin : avec du recul, pour beaucoup de personnes croisées, je ne suis pas un participant lambda, je ne suis pas une adversaire, j’ai l’impression que je ne suis même pas Camille. Je suis une féminine…
    Toute la semaine j’ai entendu ces phrases :
    1- « une fille ! quel courage ! »
    2- « ça ne te fait pas peur de faire ça ? »
    3- « niveau mécanique tu fais comment quand t’es seule ? »
    4- « c’est facile pour toi de te faire aider, tu es une fille »
    5- « laisse je vais te porter ton vélo tu ne vas pas y arriver seule »
    6- « et bien moi c’est Camille ! » « oui t’inquiète on sait y’a pas beaucoup de filles « …
  • Le principe de propriété est tellement remis en question quand tu te retrouves à la rue et que tu vois toutes ces maisons inhabitées barricadees, inaccessibles… Que de solutions précaires d’hébergement de secours dans les villes si tu ne sors pas ta carte bancaire… Pourquoi ne verrions nous pas des refuges en libre accès comme en montagne ?
  • C’est la mort des petites épiceries et commerces de proximité… Toutes les grandes surfaces tuent les petits commerçants et nous trouvons un nombre incalculable de commerces fermés dans les villages traversés…

Bref, à méditer.

« Si t’es là ma vieille c’est que tu l’as choisi ! »

L’instant politique passé, place au CR !

Laissez moi vous raconter mon aventure. À ma manière. C’est totalement destructuré.
Ce résumé est aussi bien organisé que ma sacoche vélo… Ceux qui m’ont vu la réarranger 10 fois par jour comprendrons le bordel qui les attend dans la lecture !
Je vous indique un premier élément : avoir des testicules n’apporte pas plus de courage !!! Cela dépend plutôt du tempérament 😉

La GTB, un concentré d’émotions
« Si t’es là ma vieille c’est que tu l’as choisi ! »
Cette longue balade de 1270km est un va et vient permanent d’émotions très contrastées. Entre routes, chemins en tout genre, boue, flaques, arbres en travers, montées, descentes… L’organisme est soumis à une rude épreuve et la fatigue accentue nos émotions.

Heureusement, je pense que j’ai été sur un petit nuage durant 80% du temps.

Autrement cela n’aurait pas de sens de continuer. Je retiens le bonheur ressenti quand j’ai vu la mer pour la première fois à Kerdu et en plus sous le soleil ! Cette odeur d’iode, le cri des mouettes, les vagues qui claquent. Et moi qui n’arrêtait pas de répéter : » mais que c’est beau ». Alors que quelques minutes avant je me répétais « mais que c’est long ».
Je retiens cet état d’euphorie au moment où je suis repartie du magasin de vélo à Crozon sur un vélo tout réparé, en chantant, en volant alors que 2h avant le moral était aussi bas et puant que mes chaussettes.
Cet état de bien être à la crêperie de St Guénolé, toute guillerette après le shooter de gnôle offert par la maison partagé avec Quentin et Philippe.
Cette joie ressentie lorsque, sous des trombes d’eau depuis plus de 7h, j’ai tourné la tête et j’ai reconnu Louis et Fred me suivant dans le camion alors que je me demandais « mais pourquoi il me double pas ce c** ». Leur sourire, leur présence et leurs mots, même durant 1 min, te reboostent pour 2h.
Le fou rire que je me suis prise toute seule lorsque j’ai fait un gros coucou à une voiture jaune la poste et que je me suis aperçue que cette factrice ne ressemblait pas du tout à Aubin !
Le soulagement quand Manu m’a rendu mon surpantalon et que je me suis dit que je n’allais pas mourir de froid, quand ces familles m’ont ouvert leur porte pour m’héberger, quand j’ai vu la pluie s’arrêter. Et bien sûr. Cette joie immense d’arriver au camping après 6 jours de vélo, de se rendre compte que tu y es arrivée, sans blessure ni mal aux fesses et de la partager avec des copains de galère qui n’étaient alors que des inconnus 7 jours plus tôt !

Je me rends compte que les coups durs amplifient le bonheur des choses simples

La faim qui te tiraille rend le la crêpe inoubliable. Le froid qui te glace renforce la sensation de bonheur lorsque les rayons du soleil carressent ton visage, comme si tu étais sauvée. Alors oui je pense avoir un gros mental, mais c’est aussi car depuis quelques temps j’ai choisi de relativiser. Râler fait perdre du temps et de l’énergie. « si t’es là ma vieille c’est que tu l’as choisi ». J’ai décidé d’arrêter de chialer dans les bois !
Pour l’exemple on retiendra ce long moment de galère dans la forêt de Broceliande à pousser, planter et porter le vélo avec François et le bonheur à dévorer des chouquettes à la boulangerie suivante ! Stay calm on va y arriver !
On me parle souvent du sourire sur mon visage. Ce n’est pas compliqué : je me sens tellement vivante sur mon vélo, dans la nature, sur les sentiers… Loin des tracas quotidiens. Alors oui tout va bien.

En parlant d’émotion, la peur est ton amie quotidienne, elle t’aide à avancer en fait.

« t’as pas peur de te lancer là dedans toute seule ? » Alors oui bien sûr que j’ai eu peur. Peur de me retrouver sans abri, peur que ma douleur au genou ne cesse pas, peur du chien qui m’a poursuivie sur 200m, peur de la tempête, peur d’avoir tellement mal aux fesses, peur de ne pas atteindre mon objectif du jour. Alors OUI c’est vrai j’ai pleuré deux fois. La première juste après le chien, la seconde au moment où j’ai aperçu Rennes, ce moment où j’ai compris que plus rien ne pouvait m’arriver. Je ne pense pas que cela soit du à mon statut de fille mais plutôt d’humain. Ne pas avoir peur c’est être fou. Et je sais que tous les gars que j’ai croisés ont eu peur aussi. Ne pas avoir peur c’est rouler sous la tempête et se prendre un arbre sur la tronche. Donc ne pas avoir peur c’est ne pas être finisher (car un arbre ça fait mal… Bref vous suivez !)

La GTB c’est avant tout des rencontres

Tous les jours j’ai rigolé avec les participants, avec les organisateurs. Tous les jours je me suis retrouvée seule puis j’ai papoté avec les camarades qui ont partagé ma route ! D’abord une belle équipe avec Sam qui m’aura bien dépannée et motivée, puis des retrouvailles régulières avec Christophe, Simon, Aimeric, Oscar, David et j’en passe… On me dit bavarde… Oui j’aime bien papoter, désolée Nicolas si j’ai essayé à chaque fois de te faire parler un peu (sans succès 😅)
Et puis c’est les rencontres pendant et après, notamment avec les lillois et leur folie délirante !
L’assistance n’est pas permise mais on se rend compte à l’interne qu’elle est omniprésente. Toute la journée nous vivons avec des mots de réconfort et de motivation. On s’offre des petits ravitaillements (croco mon ami, kinder du courage ou croissant pur beurre non digeste), Sam m’a même proposé un échange de cassette !! La GTB c’est le monde des bisounours en fait.
Quand j’écris, je pense aussi à mes proches, à mon papa qui savait mieux que moi quelle était ma progression suivant ma route à distance tel un délégué technique, à ma maman à qui j’ai pensé chaque fois que les maisons étaient belles, que les ortensias etaient en fleur. À mon frangin qui m’a dit : »surtout tu te fais plaiz, rien d’autre ne compte », aux coéquipiers quand je pensais à l’écosse et au fait qu’on ait survécu à ça et puis aux autres… Souvent me disant : « allez tu rames ils doivent le voir sur le suivi !!! »

Et puis il y a tous ces anonymes qui m’ont encouragée,

offert à manger parce que  » une femme sur une épreuve comme ça… Chapeau ! « , accueillie chez eux… Être une fille m’a sûrement avantagé. Que faire ? Refuser par principe ? Accepter par intérêt ? Dur de garder ses convictions quand on est dans l’inconfort. J’avoue que j’ai souvent cédé avec la carte » pauvre mouton » que je sais renforcée implicitement par le fait que je suis une fille.
La carte pauvre mouton c’est quoi ? C’est oser demander de l’aide ! J’ai sonné deux fois chez des gens en leur demandant qu’ils m’ouvrent leur garage pour la nuit et à chaque fois l’accueil que j’ai reçu a été incroyable ! Douche, repas, lit chaud… Et discussions hyper intéressantes ! Si je refais une aventure du genre je ne ferai que ça je crois !!!

Mais en plus de toutes ces rencontres, la plus importante est celle que j’ai faite avec moi même. Être seule c’était inédit. Car en raid on n’est jamais seul.
Ici, j’ai pu faire voyager mes idées, mes pensées et j’ai beaucoup discuté avec moi-même ! Je me suis auto encouragée, je me suis auto répondu et j’ai chanté en canon (OK la pluie c’est ma faute). Oui être finisher c’est peut-être être fou. Mais je suis folle et je le savais déjà.

La GTB c’est aussi des odeurs

C’est simple : les porcheries que nous traversons régulièrement nous maintiennent éveillés et l’odeur de chien mouillé qui nous suit quotidiennement avec nos habits mal séchés nous permettent d’identifier qui est devant. Heureusement, les bonnes odeurs prennent le dessus. Je vous laisse imaginer le rugissement de joie de mon estomac lorsque mon nez renifle l’odeur d’une boulangerie au petit matin ou d’une galette le midi.
Enfin, l’odeur de l’iode s’accompagne d’un paysage grandiose pendant que celle de la pluie est souvent signe d’une éclaircie. Je crois que c’est mon odeur préférée.

La GTB d’un point de vue technique ?

Ça a été dur de se préparer en 15 jours… Si physiquement j’étais prête, au niveau matos : aie aie aie !
Quel vélo ? Gravel ou vtt ? Quels pneus, quel équipement ?
Pour résumer : c’est technique mais ça passe quand on sait piloter.
C’est cassant mais ça passe avec un doux braquet (chaton fougueux s’abstiendra, Garfield vaincra)
C’est humide mais ça passe avec un équipement étanche et des rechanges.
C’est éprouvant mais ça passe avec quelques galettes, des cafés et un hachis !
C’est traumatisant pour le corps mais à toi de gérer : une position millimétrée sur le vélo, une bonne selle, un cintre te permettant de placer tes mains à différents endroit, du talc, de la crème cicatrisante…bref ne rien laisser au hasard !
À part un manque de sensibilité sur 3 doigts je n’ai pas eu d’autres blessures.

« niveau mécanique t’as pas galéré ? »

Sur ce point je vous rassure une deuxième fois mesdames :avoir des testicules n’est pas un préalable à la réussite d’une réparation de chaîne ! 😊.
C’est vrai qu’en tant que féminine on a tendance à déléguer cette tâche aux gars qui y touchent un peu en raid… Mais là en partant seule j’étais livrée à moi même et je n’ai pas eu de souci que je n’ai pas su régler (bon à part la vis de collier de selle que j’ai foirée mais on ne changera jamais la bourrine que je suis avec une clé Allen…). Se retrouver seule c’est donc se persuader qu’on est capable et au pire il ne faut pas hésiter à sortir la carte pauvre mouton ! Non nous ne sommes pas des assistées !!! Un petit cours technique avant le départ et zouuu !

« Voici ma progression « 

  • 1er jour – Rennes – Abbaye bon repos – 195 km :
    vent de face, 1e crêpe (galette ?) du séjour
  • 2 ème jour – Abbaye bon repos – Guimaëc – 184 km :
    grand soleil, première fois qu’on aperçoit la mer !
  • 3 ème jour – Guimaëc – Crozon – 186 km :
    les fameux monts d’Arrée. Tige de selle capricieuse. Arrêt mécanique à Crozon.
  • 4 ème jour – Crozon – Penmarch – 194 km :
    Premières grosses pluies, plendide journée en bord de mer
  • 5 ème jour – Penmarch – Quéven – 187 km :
    Le calme avant la tempête. La pluie avant la tempête. La tempête avant la tempête. Et le hachis parmentier.
  • 6 ème jour – Quéven – Camors – 142 km :
    Saute mouton party sauf que les moutons sont des arbres. La tempête a fait de gros dégâts !
  • 7 ème jour – Camors – Rennes – 181 km :
    12h non stop de grosse pluie. On roule dans des ruisseaux, des flaques, de la boue. La pluie fait mal aux yeux, à moins que ce soit les larmes ?

J’ai toujours dormi la nuit car je ne voulais pas me mettre dans le même état qu’en raid et je voulais profiter des paysages et des bars ouverts et ne pas me blesser !! Challenge réussi !!!
Les regrets ont été de courir après le temps et les km… Donc je prolonge les vacances bretonnes afin de rattraper ça !

En conclusion : go girls !!! On n’est pas assez représentées

J’en ai marre qu’on soit surpris quand on me voit passer !!! Et c’est de votre faute vous n’étiez pas là… Plus il y aura de filles au départ, moins on nous prendra pour des mutantes ! Ça sera normal 🙂
Au final je termine en 6j 10h et 47 min à la 17e position 😜😁

Merci à Fred et son équipe pour cette orga de fou !
Merci à Louis, Clément, Aubin pour leur bonne humeur et leurs belles images !
Merci à tous les camarades de galère.
Et à tous les copains qui m’ont envoyé des messages quotidiens !
Merci chère Bretagne, vous êtes capricieuse mais tellement belle.

Longue vie à la Galère Tro Breizh !

En savoir plus :
Camille DEFER sur facebook
Camille DEFER sur instagram

Vidéo :
Louis Lambin Photography

Crédits photos :
Organisation : 1 – 2
Camille 3 – 5 – 6
Bidaia : 4
Samuel Lhermitte : 7

Lisez aussi :

L'actualité précédente : Gravel Tro Breizh 2020 : Le grand départ

ou retournez à la page : Actualités